Karlamuiza Country Hotel

Hidden in Noble Silence

L'histoire du verger

 Le comte Alexander von Sievers a passé sa jeunesse chez ses parents à Saint-Pétersbourg. Il y a effectué son enseignement primaire et y a étudié le jardinage. Ses compétences ont ainsi pu être utilisées avec succès dans le manoir Kārļa.  En effet,  les générations précédentes y avaient déjà aménagé un magnifique parc paysager. Le jardin fruitier du manoir a été créé en 1870. À la fin du XIXe siècle, on pouvait trouver au manoir  une grande pépinière, avec des parcs, des arbres fruitiers, des baies etc.… Au delà de la vente directe aux fermes des pays baltes, les plants étaient aussi cultivés pour l'exportation à l'étranger. C’est environ 30 000 plants qui y étaient  cultivés pour la vente chaque année et ce, sur une superficie  légèrement supérieure à 22 hectares. La pépinière était l'une des plus grandes des États baltes et offrait une très large diversité d'arbres fruitiers, d'arbres décoratifs et d'arbustes, ainsi que des plants de fleurs.

Diversité d'arbres fruitiers

Dans le catalogue annuel de 1911/1912, plus de 1450 variétés sont répertoriées. La spécialité principale du manoir Kārļa était les arbres fruitiers et les arbustes. Près de  243 variétés et d’espèces de pommes étaient en vente, dont 23 étaient indiquées comme étant disponibles en grande quantité et particulièrement renommées.

En 1940, après trois ans de travail et d'observations à Kārļa, l'agronome Paulis Gailitis a sélectionné et décrit plusieurs variétés comme étant les plus qualitatives. «La reinette blanche de Kārļa » - l’une des variétés les plus anciennes de pommes d’hiver du verger de Kārļa, déjà acquise en 1878. L’appellation «Reinette blanche d’hiver» a été donnée par le comte Alexander von Sievers. «C'est une vraie pomme à sucre, sans le moindre soupçon d'acidité et aucune amertume. Le goût est agréable et la pomme est  juteuse, avec une grande ressemblance avec la «sucrine» (Korobovka), mais c’est une variété d’hiver. L'arbre est très résistant au froid et a survécu aux hivers les plus  rigoureux de 1928 et 1929 dans toutes les régions de la Lettonie. «La pomme rouge sucrée d’Amérique»   est une variété d’arbre fruitier qui avait presque disparu malgré sa résistance. Elle fut primée en 1909 par une école de Kiev en partenariat avec une école américaine. Le Comte n’avait alors  pas pu identifier le nom de la variété car de nombreux plans du jardin ainsi que des notes  avaient  disparu pendant la guerre. La pomme «grand oignon de Vidzeme » - un fruit de table de première classe, des pommes à cuisiner de couleur jaune clair, légèrement rosées.

En 1928, le comte Alexander von Sievers procéda au greffage d'un vieux pommier du jardin du château de Cēsis. Le comte identifia cette variété comme étant une espèce locale et il la nomma ; la pomme « Rosemarie Russe ». La pépinière Kārļa la distribua en grande quantité sur tout le territoire letton. Il s’agit d’une variété aux arômes prononcés avec des notes de banane et d’herbe . La pomme «Reinette Kursk dorée» ou «Reinette d'or», greffée au manoir Kārla en 1898, était un fruit jaune orangé aux couleurs vives. Pendant la période de  Noël, sa couleur est particulièrement belle, ressemblant presque à  une orange sanguine. Son goût est doux, avec une légère acidité, c’est une pomme savoureuse. Une attention particulière fut également accordée aux  diverses variétés de pomme hybrides de Sibérie et de Chine, les "pommes du paradis"; particulièrement adaptées à la fabrication de confitures et de conserves ou même de l’alcool ou vin de pomme.

Avant la Première Guerre mondiale, la pépinière comptait 91 variétés de poires, dont sept pouvaient être achetées en grande quantité, telles que la «poire beurrée de Bauska». Il était possible de s’y procurer 34 variétés de cerisiers acides, 30 de cerisiers doux, 57 types de pruniers, 20 variétés d’abricotiers et de pêchers, 20  types de noisetiers, 1 Epine-Vinette, 21 groseilliers rouges, 18 groseilliers blancs, 9 variétés de cassiers, ainsi que 86 groseilliers à maquereau, 43 framboisiers du jardin, 18 mûriers, 79 fraisiers et 4 variétés d’asperge.

Diversité d’arbres à feuilles caduques et d’arbustes ornementaux

La pépinière proposait également un large choix d'arbres à feuilles caduques mais aussi de nombreux arbustes ornementaux. Au total, 85 variétés de plantes ornementales différentes étaient proposées dans le catalogue:  60 variétés de lilas hybrides, 32 variétés  de jasmin hybrides et d'orangers, 32 variétés de merisiers, 30 variétés de spirées, 28 variétés de pommiers paradis, 22 variétés d'érables, 20 variétés de chèvrefeuilles, 17 variétés de rosiers , ainsi que divers peupliers, trembles, frênes, bouleaux, acacias, fusains du japon, aubépines, pruniers d’ornements, cornouillers, chênes, sorbiers, groseilliers et autres variétés. L'offre de conifères était comparativement plus petite - 37 variétés au total, réparties en 10 groupes de conifères. La plupart d'entre eux étaient des sapins odorants, des épicéa, des thuyas et diverses variétés de pins, trembles ou mélèzes.

C’est toute une catégorie d’arbres d’alignements qui fut répertoriée afin d’orner les allées et les avenues.  On y retrouve les érables, les chênes, frênes, châtaigniers, tilleuls des Pays-Bas, mélèzes, peupliers, aulnes et des bouleaux, ainsi que des haies - acacias, l’épinier-vinette, aubépine, pruniers d’ornements, spirées, épinette et rosier d’Ecosse.  La collection de roses était particulièrement riche - 259 variétés réparties en 13 groupes. Fleurs vivaces - 384 variétés différentes réparties en 95 groupes. Les fleurs en plus grand nombres étaient les phlox avec 57 variétés, 40 pivoines de chine et différents iris dont  34 variétés. De nombreuses fleurs cultivées à cette époque sont également connues de nos jours, telles que les joubarbes, des phlox des prairies, des lilas, des saxifrages, des campanules, des violettes, des hostas, des lupins, des anémones, des œillets, des  lys hémérocallis, etc…

La correspondance de la pépinière se trouvait à Cēsis. Ils utilisaient le courrier postal, le télégraphe ou même le téléphone pour communiquer avec leurs clients. Le catalogue était envoyé gratuitement par courrier,  à la demande et systématiquement aux clients les plus fidèles. Si le client n'avait pas reçu le catalogue imprimé à la fin du mois d’août, il pouvait en informer le bureau et le catalogue était renvoyé. Les clients avaient la possibilité de payer par un transfert d’argent via la poste et, après confirmation du bureau, les plants  leur étaient envoyés. Seules les commandes venant de Sibérie, des régions du  Turkestan et du Caucase constituaient une exception: les plants n’étaient envoyés qu'après réception du paiement . Les plants étaient livrés dans toutes les gares de l’Empire russe et le client devait s’acquitter des frais de port en fonction du taux de fret et de la quantité commandée. Si le client habitait loin de la gare, il utilisait les services des sociétés de transport. Les commandes d’usines étaient traitées selon le principe du premier arrivé, premier servi, et toutes les commandes étaient assurées. Si la commande ne parvenait pas au client, le dommage était indemnisé par la compagnie de chemin de fer ou par le transporteur livreur. Si les commandes n’étaient pas conformes et que le client le signalait dans les deux semaines, la pépinière  indemnisait le client pour perte. Une réduction de 10% était accordée aux établissements d’enseignements et aux associations agricoles sur l’achat des plants.

Première école de jardiniers

Une école de jardinage fut  également créée au sein de  la pépinière. En 1890, le ministère russe de l'Agriculture accrédita le programme de l’école horticole Karlamuiža pour une durée de deux ans et attribua aux étudiants  le droit d'obtenir un diplôme en horticulture. Des subventions annuelles étaient allouées afin de  promouvoir le fonctionnement de l'école. Les étudiants devaient financer eux-mêmes leurs études  en travaillant pour  le jardin du manoir; ils devaient également  subvenir à leurs propres besoins en nourriture et se procurer leurs propres vêtements. Les compétences professionnelles étaient principalement enseignées par des cours de travaux pratiques. Pendant la période hivernale,  l’école dispensait des cours de biologie avec des plantes comme supports ainsi que des leçons  théoriques en matière de traitement des sols et de fertilisation. Chaque année, 15 nouveaux élèves étaient admis à l’école , c’est ainsi que 30 à 40 élèves étaient scolarisés simultanément. Le jardinage nécessitait beaucoup d’efforts physiques, et tous les étudiants n’en était pas capables. Il est donc arrivé à de nombreux élèves d’abandonner le cours. Cependant, il y avait suffisamment de personnes motivées  et capables  pour apprendre ce métier. A la fin des études, l’institution fournissait un diplôme   reconnu ainsi qu’une recommandation  garantissant ainsi un travail bien rémunéré avec la possibilité de travailler dans des manoirs. En 1940, l'agronome Paulis Gailitis écrivait: «Notre jeune génération de jardiniers n’a pas ou peu connaissance du vieux jardin horticole de Kārļa et de sa pépinière. En revanche, les anciens  jardiniers, s'en souviennent bien, car presque tout le monde a eu affaire à Kārļa et au jardinier bien connu de l’époque, Sievers - un comte russe démocrate et respectueux de la Lettonie (..).  Les plus anciens jardiniers considèrent que Kārļa est la première école de jardinage de Lettonie. »Avant la Première Guerre mondiale, le comte Alexander von Sievers avait fait la promotion de son expérience horticole dans les éditions russes: la société César de jardinage, dans divers magazines, et fait état de réunions de producteurs horticoles en Russie et à l'étranger.

En 1892, après avoir terminé l'école religieuse, le célèbre artiste peintre Rūdolfs Pērle, représentant majeur du symbolisme dans l'art letton, décida de devenir jardinier au manoir Kārļa. C'est ici que les premières peintures de fleurs à l'aquarelle de l'artiste prirent vie. Il se familiarisa également avec les peintures de la collection du comte Emanuel von Sievers. Comme l'a souligné Dace Lamberga, doctorante en arts: «C’est au cours de ses années de jardinage, que l'amour de l'artiste pour les fleurs s'est épanoui. À cette époque, il a créé une série de natures mortes et il semble qu'au début du XXe siècle, nous n’ayons trouvé aucun autre peintre reproduisant  ces formes de fleurs incroyablement fantastiques, ces couleurs douces et ces transformations changeantes. ”

Pour en savoir plus sur l’histoire de l’école de jardinage et de jardiniers du manoir Kārla, vous pouvez lire le livre «KĀRĻU MUIŽA. Des époques et des destins ”. Le texte reprend des informations du livre: “KĀRĻA MUIŽA. Des époques et des destins ”.